Passer au contenu
Listes de souhaits
0 article

Supplément de DHEA : utilité, risques et précautions au Canada

par La Boite à Grains 02 Oct 2026
Supplément de DHEA : utilité, risques et précautions au Canada

La DHEA est une hormone fabriquée surtout par les glandes surrénales, que le corps transforme ensuite en œstrogènes et en androgènes. Aux États-Unis, on la trouve comme supplément en vente libre. Au Canada, c'est une tout autre histoire : il s'agit d'une substance contrôlée, et Santé Canada saisit régulièrement des produits non autorisés qui en contiennent. Avant de vous laisser tenter par la promesse d'une « hormone de jeunesse », voici ce que la recherche démontre réellement, les risques documentés et les précautions à connaître.

Une hormone, pas une plante

La DHEA, ou déhydroépiandrostérone, n'a rien à voir avec un extrait végétal ou une vitamine. C'est un stéroïde que l'organisme produit lui-même, principalement dans les glandes surrénales, et qui sert de matière première à la fabrication des hormones sexuelles.

Sa production atteint un sommet chez le jeune adulte, dans la vingtaine, puis diminue graduellement avec les années. Autour de 70 ans, les taux ne représentent plus qu'une fraction de ceux mesurés en début de vie adulte.

C'est ce déclin qui a nourri tout le marketing autour du produit. Le raisonnement semble logique : si la DHEA baisse en vieillissant, en reprendre devrait ralentir le vieillissement. Le problème, c'est qu'une baisse associée à l'âge ne prouve pas qu'on inverse quoi que ce soit en la compensant. Et c'est précisément ce que les études peinent à démontrer.

Le statut légal de la DHEA au Canada

C'est le point que la plupart des sites francophones, souvent européens ou américains, passent sous silence.

Ce que dit la loi. La DHEA figure, sous son nom de prastérone, à l'annexe IV de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, dans la rubrique des stéroïdes anabolisants et de leurs dérivés. Cette loi interdit le trafic, ce qui inclut la vente des substances de l'annexe IV. Elle en interdit aussi l'importation et l'exportation, sauf dans les cas autorisés par règlement.

Ce que fait Santé Canada. L'organisme publie régulièrement des avis sur des suppléments de DHEA saisis chez des détaillants canadiens, notamment en 2018 et encore en juillet 2025. Dans ces avis, la DHEA est décrite comme une substance contrôlée pouvant présenter de graves risques pour la santé. Un produit non autorisé n'a fait l'objet d'aucune évaluation de son innocuité, de son efficacité ni de sa qualité.

Ce que ça signifie concrètement.

  • Un supplément de DHEA vendu en magasin ou en ligne au Canada, sans autorisation, est un produit non conforme.
  • Commander un pot de DHEA sur un site américain revient à importer une substance contrôlée.
  • Vous ne trouverez pas de DHEA sur les tablettes de La Boite à Grains, ni dans aucun magasin d'aliments naturels qui respecte la réglementation.

L'exception médicale. En novembre 2019, Santé Canada a autorisé un médicament à base de prastérone sous forme d'ovule vaginal, délivré sur ordonnance, pour traiter l'atrophie vulvovaginale après la ménopause. Certains milieux cliniques québécois, en procréation assistée notamment, utilisent aussi la DHEA dans des protocoles précis, sous supervision médicale. Dans tous les cas, on parle d'un usage encadré par un médecin, pas d'une routine d'automédication.

Ce que la recherche dit de son utilité

Voici l'état des connaissances pour les usages les plus souvent mis de l'avant.

Usage évoqué

Ce que montrent les données

 

Ralentir le vieillissement

Données faibles. Pas d'amélioration démontrée de la force musculaire, de la solidité osseuse ou des fonctions cognitives chez les personnes âgées.

Qualité de vie à la ménopause

Une revue Cochrane de 2015 (28 essais, 1 273 femmes) n'a trouvé aucune amélioration de la qualité de vie par rapport au placebo. L'effet sur les symptômes de ménopause reste incertain.

Fonction sexuelle chez la femme ménopausée

La même revue rapporte une légère amélioration, dont la portée clinique est discutable, accompagnée d'effets secondaires androgéniques, surtout de l'acné.

Sécheresse et inconfort vaginal après la ménopause

Une forme vaginale sur ordonnance est autorisée au Canada. Ça relève du médecin.

Humeur

Certaines données suggèrent un effet possible sur les symptômes dépressifs, sans justifier une prise sans suivi.

Fertilité

Utilisée dans certains protocoles de procréation assistée chez des femmes ayant une réserve ovarienne basse, sous supervision médicale.

Performance sportive

La DHEA figure sur la liste des substances interdites de l'Agence mondiale antidopage.

 

En résumé, les bénéfices spectaculaires qu'on lui attribue ne résistent pas à l'examen. Les quelques pistes sérieuses concernent des situations médicales précises, suivies par des professionnels.

Les risques documentés par Santé Canada

Parce que la DHEA est convertie en hormones sexuelles, ses effets indésirables découlent directement de cette transformation. Dans ses avis publics, Santé Canada mentionne que la DHEA peut :

  • faire grimper anormalement les taux d'hormones féminines et masculines;

  • augmenter le risque de cancers de la prostate, du sein, des ovaires et d'autres cancers hormono-sensibles;

  • contribuer à des maladies cardiovasculaires graves;

  • modifier la fertilité et la production de spermatozoïdes;

  • provoquer de l'acné et une pilosité accrue chez la femme;

  • aggraver certains troubles psychiatriques.

S'ajoute à cela un enjeu de qualité. Un produit acheté hors des circuits autorisés n'offre aucune garantie sur la dose réelle, ni même sur la présence d'autres substances non déclarées.

Qui devrait éviter la DHEA

Santé Canada recommande l'évitement complet pour les personnes qui ont des antécédents d'anomalies du rythme cardiaque, de troubles de la coagulation ou de maladie du foie, ainsi que pour les femmes enceintes ou qui allaitent.

D'autres profils demandent la même prudence :

  • Antécédents personnels de cancer hormono-sensible (sein, prostate, ovaires).
  • Syndrome des ovaires polykystiques, où l'équilibre des androgènes est déjà perturbé.
  • Troubles de l'humeur ou troubles psychiatriques, même bien contrôlés.
  • Enfants et adolescents.
  • Athlètes soumis à des contrôles antidopage.

Côté interactions, la DHEA pourrait augmenter le risque de saignement avec les anticoagulants. Des épisodes maniaques ont été rapportés chez des personnes prenant des antidépresseurs, et des interactions avec certains antipsychotiques sont aussi signalées. Si vous suivez une hormonothérapie ou prenez une contraception hormonale, votre médecin doit évidemment être dans la boucle.

Si un médecin vous la propose : les bonnes questions à poser

Il arrive qu'un professionnel de la santé envisage la DHEA dans un contexte précis. Dans ce cas, quelques questions vous aideront à y voir clair :

  1. Quel est l'objectif exact ? Un résultat mesurable, pas un vague « regain d'énergie ».

  2. Un bilan sanguin est-il prévu ? Avant de commencer, puis en cours de route, pour suivre les taux d'hormones.

  3. Quelle forme, quelle dose, quelle durée ? Et où le produit sera-t-il obtenu, de façon conforme ?

  4. Quels signes doivent m'amener à arrêter ? Acné soudaine, pilosité, changements d'humeur, palpitations.

  5. Mes autres médicaments et suppléments posent-ils problème ? Apportez la liste complète, produits naturels compris.

Soutenir son équilibre hormonal sans substance contrôlée

Si ce qui vous attire vers la DHEA, c'est la fatigue, une libido en baisse ou les changements de la cinquantaine, la première étape reste un bilan avec votre médecin. Plusieurs de ces symptômes ont des causes vérifiables : thyroïde, fer, sommeil, ménopause ou andropause, effets secondaires de médicaments.

Ensuite, les bases restent incontournables : un sommeil suffisant, une gestion du stress qui tient la route, de l'activité physique régulière et une alimentation qui fournit assez de protéines et de bons gras. Notre article La vie et les hormones, une question d'équilibre aborde notamment l'effet du stress chronique sur l'équilibre hormonal des femmes.

Du côté des produits de santé naturels, notre section aide hormonale regroupe des formules qui ciblent différentes étapes de la vie hormonale. Réflexe essentiel : vérifiez que le contenant porte un numéro de produit naturel. Si ce sigle vous est peu familier, notre article sur le numéro de produit naturel (NPN) explique ce qu'il garantit.

Parce que le bon choix dépend de votre âge, de vos antécédents et de vos médicaments, nos naturopathes agréés offrent des consultations personnalisées. Ils peuvent vous aider à clarifier vos objectifs et vous orienter vers votre médecin lorsque la situation le demande.

Foire aux questions

Est-ce illégal de prendre de la DHEA au Canada ?

La DHEA est une substance contrôlée inscrite à l'annexe IV de la loi fédérale. Sa vente et son importation sont interdites, sauf dans les cas autorisés par règlement. En pratique, son usage légitime passe par un cadre médical. Pour une question juridique précise sur votre situation, adressez-vous à un professionnel du droit.

La DHEA fait-elle augmenter la testostérone ?

Elle peut faire monter les taux d'hormones masculines comme féminines, puisque le corps la convertit en androgènes et en œstrogènes. C'est justement ce qui explique ses effets indésirables, comme l'acné ou la pilosité. Ce n'est pas une façon sécuritaire de modifier ses taux d'hormones sans suivi médical.

L'igname sauvage est-elle une source naturelle de DHEA ?

Non. L'igname sauvage contient de la diosgénine, une molécule qu'on peut transformer en hormones en laboratoire. Le corps humain, lui, n'est pas reconnu pour effectuer cette conversion, et la consommation d'extrait d'igname n'a pas démontré de hausse des taux de DHEA.

Comment savoir si un supplément contient de la DHEA ?

Lisez la liste des ingrédients médicinaux. Cherchez les mentions « DHEA », « déhydroépiandrostérone » ou « prastérone ». Méfiez-vous aussi de tout produit sans NPN qui promet de « relancer » vos hormones : l'absence d'autorisation signifie que personne n'a vérifié ce qu'il contient.

L'essentiel avant de prendre une décision

La DHEA n'est pas un supplément comme les autres. C'est une hormone, classée substance contrôlée au Canada, dont les bénéfices démontrés se limitent à des contextes médicaux précis et dont les risques touchent le cœur, la fertilité et les cancers hormono-sensibles. Si vous vous questionnez sur votre énergie, votre libido ou votre équilibre hormonal, commencez par un bilan médical et par les bases de l'hygiène de vie.

Passez voir notre équipe dans l'une de nos quatre succursales de Gatineau, ou joignez-nous au 819-771-3000. Nos naturopathes prendront le temps d'examiner votre situation avec vous et de vous proposer des options conformes, adaptées à ce que vous cherchez vraiment.

Références

  1. Sommaire des motifs de décision portant sur Intrarosa. Santé Canada. 2019. https://dhpp.hpfb-dgpsa.ca/review-documents/resource/SBD00466
  2. Règlement sur les substances désignées, Gazette du Canada Partie I, volume 158, numéro 22. Gouvernement du Canada. 2024. https://gazette.gc.ca/rp-pr/p1/2024/2024-06-01/html/reg2-fra.html
  3. Un supplément non autorisé, DHEA de 21st Century, saisi dans un magasin de Moose Jaw, SK. Santé Canada. 2018. https://recalls-rappels.canada.ca/fr/avis-rappel/supplement-non-autorise-dhea-21st-century-saisi-dans-magasin-moose-jaw-sk-est-etiquete
  4. Le produit de santé non homologué Natrol DHEA Mood and Stress vendu par Retail Revolt présenterait des risques graves pour la santé. Santé Canada. 2025. https://recalls-rappels.canada.ca/fr/avis-rappel/produit-sante-non-homologue-natrol-dhea-mood-stress-vendu-retail-revolt-presenterait
  5. Dehydroepiandrosterone for women in the peri- or postmenopausal phase. Scheffers CS et al., Cochrane Database of Systematic Reviews. 2015. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10662543/
  6. What Should Athletes Know about DHEA. USADA. https://www.usada.org/spirit-of-sport/athletes-know-about-dhea/
  7. DHEA. Mayo Clinic. 2026. https://www.mayoclinic.org/drugs-supplements-dhea/art-20364199
  8. Herbal preparations for the menopause, beyond isoflavones and black cohosh. Depypere HT, Comhaire FH., Maturitas. 2014. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0378512213003514
Article précédent
Article suivant

Merci de vous être abonné !

Cet email a été enregistré !

Achetez le look

Choisissez les options

Modifier l'option

Choisissez les options

this is just a warning
Se connecter